« Pour moi, un dictionnaire doit toujours représenter l’usage naturel de la langue. »

Les chercheurs

Mouktar Traore

INALCO - Paris
Linguistique

Comment faire un dictionnaire fidèle au bambara ?

Mouktar Traore est chercheur au LLACAN (Langage, Langues et Cultures d’Afrique) à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Il travaille sur le bambara, une langue très parlée en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, et l’enseigne à l’INALCO. Dans ses recherches, Mouktar s’intéresse aux dictionnaires et se demande s’ils reflètent vraiment la façon dont les gens parlent au quotidien. Pour répondre à cette question, il étudie de nombreux textes en bambara afin d’observer l’usage réel des mots. Son objectif est de créer des dictionnaires plus proches de la langue parlée, utiles pour le bambara et pour d’autres langues africaines.

Depuis plusieurs décennies, on crée les dictionnaires autrement, notamment dans les langues européennes. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur de vastes données naturelles et variées (des textes et des paroles de la vie quotidienne), afin de créer des dictionnaires plus représentatifs de la langue. Les langues africaines, en particulier les mandingues parlées en Afrique de l’Ouest n’ont pas encore profité de cette révolution qui permet de faire des dictionnaires plus crédibles mais aussi améliorables.

Mouktar se demande comment faire des dictionnaires plus fiables pour les langues mandingues.

Pour cela, il a choisi d’étudier la polysémie en bambara, le fait qu’un mot ait plusieurs sens. Le bambara s’est imposé, car c’est la langue la plus parlée en Afrique de l’Ouest francophone mais aussi parce qu’elle possède déjà une base de données naturelles en ligne (textes, audio, vidéos…) appelée le Corpus Bambara de Référence.

Le but de cette étude est de mettre à jour les dictionnaires avec des exemples réels pour chaque sens. Pour cela, il consulte les sens du mot dans les dictionnaires classiques bambara et les compare avec les sens donnés par le Corpus Bambara de Référence. Il se trouve qu’il y a souvent un décalage entre les sens dans les dictionnaires et ceux du corpus ou encore l’émergence de nouveaux sens. La dernière étape consiste à vérifier ce décalage ou ces nouveaux sens avec les personnes qui parlent le bambara au quotidien.

 

Fiche publiée en 2026. 

Objectifs
  • Faire des dictionnaires plus proches du bambara parlé au quotidien (utile pour apprendre)
  • Mettre à jour les dictionnaires plus facilement avec de nouvelles données
  • Améliorer les ressources utilisées par les outils comme Google Translate et ChatGPT