La tracéologie est une investigation : c’est un travail très long, minutieux mais haletant pour suivre à la trace les individus des sociétés aujourd’hui disparues.

Les chercheurs

Marie-Philippine Montagné

Aix - Marseille université
Archéologie

Des outils de pierre toujours en vogue à l’Âge du Bronze en Grèce

Je suis jeune chercheuse d’Aix-Marseille Université au sein du pôle de tracéologie du Laboratoire méditerranéen de Préhistoire Europe-Afrique (LaMPEA).

Je suis tracéologue : j’étudie les traces laissées sur les outils de pierre taillée afin d’interpréter leurs fonctions : au moyen de quels gestes les utilisait-on ? Quelles matières servaient-ils à travailler ? À quoi ressemblaient et comment étaient positionnés leurs manches ? À partir des traces, je déduis les techniques développées par les sociétés anciennes, pour lesquelles ces outils sont souvent les seuls témoignages de leurs manières de vivre.

Les outils de pierre taillée que j’étudie sont faits en silex, une roche, ou en obsidienne, un verre volcanique. Ils proviennent de sites archéologiques que je fouille, datés de l’Âge du Bronze Grec soit -3000 à -1100 av. J.C.. C’est une période pour laquelle on a toujours pensé que le métal avait très rapidement remplacé la pierre taillée. Or, en Grèce la pierre continue d’être utilisée jusqu’au début de la période suivante, l’Âge du Fer. Pourquoi et pour quels usages ? C’est ce que j’essaie de comprendre !

Pour cela, je me suis constitué une collection d’outils références ainsi j’ai taillé des pierres pour recréer des outils identiques à ceux de l’Âge du Bronze et je les ai utilisés dans des situations probables pour l’époque. Pour savoir quelles pratiques étaient courantes à l’époque, je m’appuie sur des travaux d’autres archéologues, d’historiens et sur des pratiques actuelles. J’ai par exemple fauché des blés avec un denticulé en silex.

Je compare ensuite à l’oeil nu, puis à la loupe binoculaire et enfin au microscope, les traces laissées sur mes outils de référence et sur les outils retrouvés sur les sites archéologiques. Je peux en déduire le fonctionnement et la fonction des outils retrouvés dans différents types de contexte : dans les maisons, les palais, les ateliers des artisans, etc. En connaissant les usages réservés aux outils en pierre, je peux aussi retrouver par déduction les usages réservés au métal. Le métal étant précieux à l’époque, il était souvent recyclé et les outils ont donc disparu aujourd’hui.

Les résultats de ma recherche permettront plus généralement de mieux connaître cette société aujourd’hui disparue.

Objectifs
  • Comprendre le maintien d’une technologie dite «obsolète» à l’Âge du Bronze en Grèce.
  • Donner à partir des traces une fonction à des outils jusque-là définis par leurs formes.
  • Retranscrire les activités menées à l’aide de la pierre dans différents contextes, par exemple renseigner sur les pratiques de tous les jours ou sur les activités à proximité immédiate d’un palais.