« Dès mon enfance, la science et la recherche furent une source intarissable de fascination. Mes espoirs sont comblés puisque mon travail de recherche me conduit dans les tréfonds du plus formidable des inconnus : le cerveau.»

Les chercheurs

Grégoire Courtine

Université de Bourgogne
Biologie
Neurosciences

Faire remarcher les paraplégiques

C'est un chercheur qui soulève l'enthousiasme. Brillant orateur, il rend parfois incrédule le public qui l'écoute expliquer ses travaux. «Est-ce un acteur?» Oui, Grégoire Courtine est un acteur majeur de la recherche en neurophysiologie.

Dijonnais, Grégoire Courtine a fait des études en STAPS* puis s'est passionné pour le cerveau. Après une thèse sur l'organisation neurale et le contrôle de la marche humaine à l'université de Bourgogne, il s'envole pour Los Angeles. Là-bas, il passe cinq années à développer des méthodes pour faire remarcher des rats paraplégiques. L'enjeu est de taille : chaque année, plus de 50 000 personnes dans le monde subissent des accidents de la moelle épinière. Elles sont souvent condamnées à ne plus jamais remarcher car, lorsque la moelle épinière est lésée, l'information ne circule plus entre le cerveau et les muscles.

* Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives

Les avancées les plus probantes pour pailler ce dommage se font actuellement sur les rats. Les chercheurs orientent leurs travaux dans trois directions : stimuler électriquement la moelle et les muscles ; injecter des substances pharmacologiques pour réactiver les neurones qui contrôlent les mouvement ; entraîner l'animal à remarcher. A Los Angeles, Grégoire investit ces trois pistes de recherche. Il apprend à opérer, à entraîner les rats et aussi à écrire des articles scientifiques avec une « précision d'orfèvre ». « J'ai travaillé auprès des plus grands spécialistes mondiaux » explique-t-il. En 2007, il est récompensé du prix du meilleur chercheur de l'université de Los Angeles (UCLA).

En 2008, l'université de Zürich lui fait « une proposition en or » : on lui propose de monter son propre laboratoire. Il a alors 33 ans. Son objectif est de poursuivre ses travaux sur les rats. Les premiers résultats sont satisfaisants mais les rats lésés (puis réactivés et entraînés) ne remarchent que sur tapis roulants. Comment les faire avancer par eux-mêmes ?

Son équipe va alors concevoir un robot révolutionnaire : une structure de 8 m3 destinée à « accompagner » le rat dans sa marche, un robot qui s'adapte finement aux mouvements de l'animal tout en le maintenant debout. De nouvelles expériences peuvent débuter.

Après la mise au point des stimulations électriques et pharmacologiques, et surtout trois mois d'entraînement, un rat paraplégique se remet à marcher. Dans la salle d'expérimentation, une petite dizaine de chercheurs assistent à ce moment inouï. Des spécialistes de l'entraînement et du traitement des signaux envoyés par le cerveau, des biologistes qui scrutent la régénérations des neurones et des ingénieurs. Leur enthousiasme est palpable et s'explique aisément : une intense émotion provoquée par une avancée scientifique probante. L'expérience est répétée avec succès ; un animal est baptisé « Usan Bolt »

Aujourd'hui, des rats sont capables de remonter des escaliers. Avide d'avancées, Grégoire Courtine reste tout de même prudent.

« Même si l'adaptation de certaines techniques à l'homme est en cours, explique-t-il, notre objectif est d'améliorer la qualité de vie des victimes d'accident. Il faudra du temps et du courage pour arrive rà une cure ». A côté de lui, une de ses collègues, Rubia van den Brand, déclare : « Si nous pouvons transposer ce type d'expériences à l'homme, j'aurai atteint le but de ma vie ».

Il est désormais professeur à Lausanne (EPFL) où il a déménagé son laboratoire en 2012. Vous pouvez trouver l'histoire de ses aventures scientifiques sur le webdocumentaire : http://www.project-rewalk.com/fr/home

Objectifs
  • Trouver des stratégies qui permettraient aux paraplégiques de pouvoir remarcher